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Vendredi 14 septembre 2007
LES WAKÔ ET LA PIRATERIE JAPONAISE
Cet article essaiera de résumer les grandes périodes de la piraterie au Japon. Cette activité est menée par ceux que l'on désigne sous le terme de wakô 倭寇. En Asie, la piraterie en général est un phénomène plutôt ancien, mais concernant les wakô, la période touche essentiellement le XIIIe siècle, période d'intense activité sur les côtes asiatiques, avant de connaître un renouveau
plusieurs siècles aprés. La piraterie suit une évolution parallèle aux évenements historiques, connaissant des hausses et des déclins selon les relations internationales et la politique intérieure de chacun.
 
Le terme « wakô » (on retrouve l'équivalent chinois wo kou et coréen wae gu ) est formé
par les caractères wa 倭qui renvoie aux Japonais et 寇signifiant « ennemi », « bandit » ou « invasion ». Cependant, cette expression recouvre mal la réalité : les équipages étaient formés à l'origine par des marins japonais mais progressivement ils ont fini par regrouper des troupes composites avec finalement peu de Japonais; de nombreux éléments étant chinois, ou parfois On peut distinguer deux grands périodes d'activité pirate au Japon, la première au XIIIe siècle et une seconde au XVIè siècle, avant que ce processus ne décline et ne finisse par s'éteindre.
 
LA PREMIERE VAGUE : LE XIIIe SIECLE
En réalité, cette période commence au XIIIe siècle mais va s'étendre jusqu'à une bonne
partie du siècle suivant. La piraterie japonaise s'est concentré en premier sur les côtes coréennes avant de traverser la mer pour attaquer l'est de la Chine. Le premier raid pirate mentionné dans des textes apparaît en 1223 sur la côte sud du royaume coréen de Goryeo, suivi d'autres attaques quelques années plus tard. Plus que des attaques maritimes, ce sont des raids sur terre qui avaient lieu aux dépens des territoires proches des îles japonaises. Le kidnapping et le pillage étaient particulièrement fréquents.
Qui étaient les pirates à cette période? On sait que la plupart des équipages venaient de l'île de Tsushima et des provinces de Iki et Hizen. Il semble aussi avéré que dans la Mer Intérieure du Japon, les populations côtières avaient progressivement perfectionné leur technique de navigation; dans les régions pauvres, la piraterie pouvait sembler un moyen efficace de s'enrichir malgré une répression des autorités.
Justement, la piraterie finit par inquièter suffisamment le shôgunat de l'ère Kamakura pour
qu'il prenne des mesures de sécurité. Des patrouilles en mer, les Suigun, étaient menées depuis assez longtemps pour garantir la navigation des navires marchands jusqu'à la Chine des Song. Mais parfois aussi, les suigun joignaient eux-mêmes les pirates quand ils ne se livraient pas carrément à des déprédations en mer... En réponse, des flottes coréennes attaquèrent les bases arrières de pirates sur l'île de Tsushima mais cela ne supprima pas pour autant l'insécurité en mer.
 
Les pirates s'en sont également pris aux côtes chinoises. En 1302 est mentionnée la
première attaque en Chine, les raids se développant sur toute la côte orientale, en particulier le long de la province actuelle du Shandong. Les flottes engagées dans ces raids étaient parfois très importantes, plusieurs centaines de navires sont mentionnés. Les régions cibles s'étendirent au Zhejiang puis plus au sud. Les jonques japonaises, manoeuvrables, pouvaient être menées dans l'intérieur des terres en remontant les grands fleuves, en particulier le Yangtze, semant la peur parmi les populations riveraines. Plus tard, le problème finit par prendre des proportions suffisantes pour qu'à la fin du XIIIème siècle, l'empereur chinois fasse construire une série de forts côtiers formant une ligne de défense. Tout au long de cette période, la piraterie est resté un sujet de vives tensions entre l'empire chinois et les autorités japonaises de l'île de Kyûshû.
 
(bannière maritime de vaisseau de guerre, époque Muromachi)
La periode des invasions mongoles correspond à un net déclin de la piraterie. Les cibles favorites des pirates, comme le sud de la Corée, se protègeaient mieux et de son côté, l'île de Kyûshû était mieux contrôlée par le shôgun qui y stationnait des troupes.
Mais aprés les invasions mongoles, ces territoires s'affaiblirent, de même que l'emprise du shôgunat, et l'activité pirate reprit. Entre 1376 et 1385, pas moins de 174 rapports d'attaques pirates sont enregistrés dans les registres coréens, certaines expéditions se permettant même d'entrer largement dans l'intérieur des terres pour piller. Au niveau international, cependant, la diplomatie japonaise sut profiter de la fin de l'empire mongol pour progresivement reprendre des relations avec la Chine des Ming afin de lutter contre la piraterie. L'empire chinois parvint ainsi au XVeme siècle à regagner le contrôle des mers.
 
LA DEUXIEME VAGUE : LE XVIe SIECLE
Dès le milieu du XVIème siècle, a eu lieu une résurgence de l'activité des wakô. Il y a
plusieurs hypothèses d'explications: le commerce maritime le long des côtes chinoises restait une cible de choix, mais le développement de ce commerce avait créé des rivalités où les parties en présence n'hésitaient pas à recourir à l'emploi de troupes pirates pour s'assurer la suprématie marchande, ce qui rejoint un peu le concept des corsaires occidentaux. Surtout, au Japon, la situation de guerre civile entre les clans (c'est l'époque du Sengoku Jidai) et l'absence d'autorité centrale favorisait l'insécurité. On peut aussi voir le problème en termes de relations internationales : la Chine avait fini par interdire les relations commerciales avec le Japon. Au sud, le royaume indépendant des Ryukyu se vit aussi obligé par la Chine de stopper ses relations commerciales, avant d'être annexé au Japon en 1609 par le clan Shimazu. La piraterie restait donc le seul moyen d'accéder aux biens chinois.
 
(atakebune, navire de guerre côtier japonais au XVIe siècle)
A cette période, la composition des équipages était bien différente de ceux du XIIIème siècle : l'élément japonais était devenu souvent minoritaire, au profit de l'élément chinois. En effet, les populations pauvres du sud chinois (Fujian, Guangdong) et de l'est (Zhejiang) se retrouvaient écrasées par les taxations et le système de propriété de l'empire Ming. Rejoindre des bandes en mer était une alternative possible pour des populations déjà habituées à la pêche et la navigation côtière. Cependant, certaines provinces japonaises continuaient de fournir traditionnellement un grand nombre de pirates, telles Satsuma, Bungo, Buzen sur les côtes de Kyûshû, ou encore Izumi (prés de l'actuelle Ôsaka)...
Le destin des wakô ne concerne donc plus uniquement le Japon au XVIème siècle, mais
devient un phénomène transnational, même s'ils continuent d'opérer depuis les îles japonaises. Vers la fin du XVIeme siècle, certains flibustiers portugais rejoignirent même leurs rangs.
 
Il est souvent difficile de séparer les activités de piraterie des activités marchandes
« légales », dans la mesure où un même équipage pouvait éventuellement alterner les deux... Les flottes wakô, à l'affut des opportunités, pouvaient passer du trafic commercial à la piraterie selon la situation. A cette époque (et contrairement au XIIIème siècle) l'objectif principal était le butin et les biens commercialisables : soie, monnaie, objets d'art, etc... Certains marchands chinois avaient des interêts dans ce trafic illicite. Les pirates suivaient donc les routes de commerce et descendaient jusqu'en Asie du Sud-est, le long du Viêt-Nam et de la Thaïlande.
 
Il peut être interessant de noter que pour des raisons techniques, les pirates portaient un
équipement allégé par rapport aux combattants classiques; les protections d'armure des épaules ou des jambes, par exemple, étaient laissées de côté pour gagner en mobilité, pouvoir diriger le navire et dans l'eventualité d'avoir à nager. Il est possible que leur technique ait pu influencer la formation militaire des guerriers de leur temps, en particulier le « sui jutsu », ensemble de techniques (nageen armure, etc.) dans l'eau.
 
Finalement, il faut attendre une série de mesures prises par Hideyoshi vers 1580 pour que la piraterie s'affaiblisse réellement au Japon. Il mit en application la confiscation des armes des paysans et l'obligation de serment des daimyos (seigneurs féodaux) de ne pas se livrer à la piraterie.
Les wakô ne pouvaient donc plus avoir d'accés aux armes ni aux soutiens politiques.
D'autre part, il est amusant de noter que lors de l'invasion de la Corée par les troupes
d'Hideyoshi, les assaillants étaient également nommés « wakô », ce qui peut créer une confusion avec les pirates.
De nombreux pirates revinrent à des activités marchandes légales alors que d'autres, de la même manière que les ronins, émigrèrent et s'engagèrent comme mercenaires auprés de souverains à l'etranger, on a ainsi des exemples jusqu'en Birmanie. Par la suite, alors que la Chine incitait les Portugais à enrayer la piraterie dans ses propres eaux, le strict contrôle du Japon opéré par le shôgunat des Tokugawa mit définitivement un terme à cette activité.
 
Sources web :
- http://en.wikipedia.org/wiki/Wak%C5%8D (page Wikipedia en anglais)
– http://www.tenshukaku.de/wako.htm (en allemand)
– http://www.waoe.org/steve/french_shikoku/setonaikai.html (sur la Mer Intérieure)
par Oji San publié dans : OJI SAN
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